Fonctionnariat / couper dans le gras SVP !
dimanche, 27 avril 2003 • 20:25
Voici un court texte repiqué des commentaires du site de Dale . Il est évident que nous avons tous vécu des histoires semblables avec nos bons bureaucrates québécois. Je n'ai qu'à me rappeller les interminables heures d'attentes passées à la tour infernalle (complexe G) des prêts et bourses pour provoquer une crise d'excema aigà¼e. Serait-il possible qu'un gouvernement fasse un jour le ménage dans cette foire de cirque qu'est devenue le fonctionnariat ? Permettez moi d'avoir des doutes. Je vous invite donc à lire ce qui suit:
JUSTICE!!!
Ou «L'attaque des fonctionnaires venus de l'enfer!»
Historiette vécue et racontée par Monsieur Jà¼ll.
Je suis allé au Palais de Justice, aujourd'hui (8 avril 2003), pour transférer le procès que je me mérite pour avoir travaillé sur un chantier en tant qu'artiste de chantier sans carte de compétence d'artiste de chantier, laquelle n'existe pas, gracieuseté de la CCQ... Un vrai dédale administratif d'une absurdité hors du commun, je vous épargne les détails. Toujours est-il que ce fut toute une expérience traumatisante que de me rendre dans cet immense cube de verre et de béton...
J'avais de la misère à croire ce que je voyais, c'était d'un pathétique... La quitessence suprême du summum ultime du milieu de fonction publique merdique et pas endurable!!!
Primo, ce qui m'a frappé quand je suis rentré, c'est la lumière aux néons qui te dégoûte déjà de l'endroit. Mais en plus, c'est un intérieur complètement en béton avec des tubes d'aération peinturlurés à la mode 80. Ça essaie désagréablement d'imiter une topographie «parc public» avec des p'tits bancs en bois jaune et des espèces de lampadaires halogènes dégueulasses, tous aussi délicieusement démodés que le reste du décor. Comme seul élément créatif, des fresques très 80 d'un mauvais goût sublime «ornent» tous les coins...
Alors je devais aller porter une feuille jaune que j'avais reçue par la poste au bureau 1.38 pour ensuite faire la demande du formulaire de de requête de déplacement de procès... En arrivant, je demande où se trouve le bureau 1.38 à un préposé à l'accueil qui me répond sur le même ton que l'aurait fait un enregistrement, et je m'y rend. Dans la fenetre à côté de la porte, il y a a une enseigne «Frappez et attendez». Je frappe et j'attend.
Rien. J'essaie d'ouvrir mais c'est barré.
Après avoir frappé à nouveau et attendu une ou deux bonnes minutes intervient une madame procureuse qui vient pour rentrer dans la pièce et qui me demande ce que je veux. Je lui explique ma situation et elle me demande quel procureur je dois rencontrer. Je sais pas.
Alors elle ouvre la porte et je réalise que tout ce temps, il y avait une tite madame de l'autre bord de la porte qui me répondait pas. Elle jase avec une ou deux minutes et ils décident finalement après s'être con-sultés de me laisser entrer... C'est assez humiliant.
Je donne ma feuille jaune à la tite madame qui s'est souvenu du dossier sur lequel ça va, et elle va imprimer les formulaires que je dois remplir dans le fond de la pièce, au visage une expression qui démontre à quel point je l'ai dérangée dans son tournage de pouces intensif. Elle est maigre, a dans ses cheveux visiblement teints une permanente exagérée et porte un ensemble de coton ouaté vert avec des chaussures d'un mauvais goût déconcertant sur lesquelles trônent de petites billes de plastique en imitation d'or véritable.
La pièce, elle, est bourrée de dossiers verdâtres dans un bordel inqualifiable impliquant aussi de nombreuses dactylos poussiéreuses. À gauche, on trouve une rangée de bureaux de procureux avec tous le même look d'hôpital morne. Tous les murs, qui ont déjà été blancs, sont d'un jaune sale dégoutant et bourrés de restants de colle des affiches qui sont passées par là au cours des années .
Un procureux aux costume défraîchi sort en trombe de son bureau et passe en vitesse devant moi. Avant de sortir, il me dit du ton le plus bête qui soit: «Ben?! Assis-toé!» Je m'assoie donc et lui part à l'extérieur pour revenir quelques instants plus tard un café de machine à la main, dans un verre de styrofoam blanc bien sûr.
Pendant ce temps, la tite madame continue d'imprimer la paperasse que je devrai remplir, à la vitesse d'un ver de terre cardiaque dans un film de Sergio Leone diffusé au ralenti. Elle revient quelques instants plus tard avec un formulaire de trois pages sur lequel il me faut signer trois ou quatre fois, en trois exemplaires.
Je me permet de tasser quelques piles de dossiers mornes et nauséabonds pour me faire sur son bureau la place nécéssaire au signage de paperasse.
Elle m'arrête soudainement: l'une des parties du formulaire ne doit absolument pas être signée dans son bureau. C'est l'assermentation et ça doit être signé en compagnie d'une responsable à l'assermentation.
Alors, après avoir consciencieusement gardé l'une des copies du formulaire, elle appuie sur le gros piton rouge débarrant la porte pour sortir (Je n'ai toujours pas compris l'utilité d'un tel contrôle des entrées) et m'indique le chemin de la salle 1.8, soit le comptoir d'assermentation où je dois rencontrer madame Une Telle.
Bon. Me voici donc au comptoir de l'assermentation. Je demande madame Une telle à la madame qui me demande ce que je veux d'un air marabout. Déprimée, elle s'en va la chercher un peu plus loin.
Pendant ce temps, je remarque deux jeunes filles assez jolies qui tranchent avec le look grebiche-1980 qui règne en ces lieux... Assise à leurs ordinateurs, elles discutent toutes deux avec une grosse fonctionnaire obèse à l'air imbécile et sédentaire qui dit:«C'est l'fun, d'avoir des stagiaires, j'ai plus rien à faire, hi hi hi hi hi!!!» Toutes rigolent. Pas moi.
L'une des stagiaires est assez proche de moi. Elle est assise devant son ordinateur, la main posée sur la souris mais rien n'est en fonction sur son écran. RIEN. Elle se contente de promener le curseur sur le desktop tout en discutant avec les deux autres. De temps en temps, elle semble hésiter à lancer l'une ou l'autre application, mais se résigne à chaque fois. À l'arrière-plan, des dizaines de personnes s'emmerdent conjointement et profondément sur un décor de rangées infinies de dossiers aux onglets multicolores.
Tous semblent sortis des années 8o. Certains ont même des coupes Longeuil, mais tous ont les mêmes vêtements ternes et défraîchis, des cravates délavées et des bijoux de mauvais goût. La lumière, encore une fois, n'arrange pas les choses, tout comme le matériel informatique, qui semble tout droit sorti de TRON avec ses écrans monochromes orange dans des boitiers beiges sales.
Madame Une Telle arrive enfin. Sans même prendre le temps de me regarder et/ou de me dire bonjour, la moue à la gueule, elle empoigne les formulaires que je lui tend et se met à débiter de la voix de quelqu'un qui a appris ces mots là par coeur au fil des années:«Levez la main droite dans les airs et dites Je le jure».
-Euh... (Je déteste les conventions imbéciles et celle là en est toute une!)
-DROITE, PAS GAUCHE!
-Ouais, ouais... Je le jure...
-Signez ici...
Alors je signe à deux-trois places et elle aussi. Elle garde une copie du formulaire et de tend celle qui reste en me disant:
«Bon, vous devrez revenir en cour le 5 juin. Si vous ne vous présentez pas, vous serez reconnu coupable par défaut et vous devrez payer l'amende plus les frais de court et l'amande de non-présentation et gna gna gna et gna gna gna...»
-Bon, alors j'ai réellement intérêt à me présenter, donc, que je lui dis en souriant...
Elle s'errête sec comme si je venais de lui poser une arme chargée sur la tempe et me fixe dans les yeux par dessus ses lunettes à double foyers:
-Ben là ??? C'est pas assez clair de même? qu'elle me dit sur un ton plein de reproche et au bord de la crise de nerfs...
Je me fais petit. Je me souviens soudainement d'un texte faisant le lien entre la bureaucratie et la schizophrénie rendant les bureaucrates incapables de comprendre le second niveau à force d'atrophier leur jugement.
Elle me dirige ensuite vers la Caisse (Désolé, je ne me souviens plus du numéro...) où je dois payer mon 20 piasses de frais pour le transfert du procès. J'attends en file derrière trois-quatre autres personnes à l'air dégoûté. Il y a deux employées derrière le comptoir. L'une mange son yogourt. L'autre ne fait rien.
Ça niaise, ça niaise, ça niaise. Après dix minutes environ de vide total, je dis calmement: «Est-ce qu'on pourrait activer un peu le processus, faudrait que je retourne travailler. D'autant plus que mes prédécesseurs dans la file semblent au bord du suicide...
La mangeuse de yogourt me regarde dans les yeux, offusquée, pour me blâmer:«VOUS, attendez votre tour!!!»
Je suis estomaqué.
Alors j'attend. Éventuellement, le yogourt prend fin et elle reprend le service au comptoir sans se presser, semblant dépassée par la job de digestion qui la guette désormais, alors que l'autre est toujours occupée à faire les cent pas derrière le comptoir, les mains dans le dos.
Arrive enfin le moment où c'est mon tour. Après pas loin de 45 minutes dans cet enfer de béton, de routine et de platitude inouie, j'en ai les nerfs en boule.
Je lui tend le formulaire qui stipule que je leur doit 20 grosses piasses. J'entame une courte explication de ce qui m'emmene à son comptoir, mais me coupant la parole, elle me dit:
«Vous payez comment?»
-Carte...
Je paye et, au moment de partir, elle me dit sur le même ton de par coeur qui semble le standard dans ces murs: «Au revoir et bonne chance monsieur Julien Dufour. Au suivant.»
Je me dirige enfin vers la sortie, désespéré de ce que je viens de voir, comme un peu doivent l'être des casques bleus qui découvrent un charnier. Au moins, devant moi, une jolie madame se dirige aussi vers l'extérieur, et sa jolie paire de foufounes me permet de ne pas être trop déçu du genre humain alors que je passe la porte principale et que je retrouve le vrai monde.
FIN.
Jà¼ll | vendredi 25 avril 2003 18:32:05
1 commentaires jusqu'à maintenant (Écrire les vôtres)
Texte délicieux de réalisme, vraiment, ou grace au témoignage de notre ami, l'on peut revivre l'exténuante agonie que l'on doit subir lors de chaque visite a un quelquonque palier gouvernemental et que l'on doit faire face a cette race de monde ma foi tres particuliere que sont les fonctionnaires.
Merci
Écrire un commentaire
Notes sur les commentaires
S.V.P. considérez que vous serez lu par d'autres personnes. Écrivez des commentaires pertinents. Le contenu qui sera jugé haineux ou non constructif pourra être édité ou détruit. Les adresses Emails ne sont jamais utilisées à d'autres fins.
Les fins de lignes ou les paragraphes sont automatiquement convertit — il n'y a donc aucun besoin d'utilisé
poubr/. Les guillemets, apostrophes, et doubles tirets sont aussi convertit en notation typographique. Faites attention en copiant-collant des portions de texte.Des liens peuvent être créés en utilisant le standard
<a href="http://votreurlici"></a>. Les éléments HTML suivant peuvent aussi être utilisés:a, strong, em, cite, & code. L'attributtitleest permit avec ces éléments. Tout autre code est éliminé.